
Chaque année, le tournoi de Roland-Garros mobilise plusieurs centaines de jeunes pour assurer la fluidité des matchs sur les courts en terre battue. Ces ramasseurs de balles, surnommés les « ballos », sont visibles à chaque point, à chaque changement de côté. La question de leur rémunération revient systématiquement dans les recherches liées au tournoi parisien, et la réponse est moins simple qu’il n’y paraît.
Statut juridique des ramasseurs de balles : volontaires, pas salariés
Les ramasseurs de balles de Roland-Garros ne sont pas des employés de la Fédération Française de Tennis. Leur statut officiel est celui de jeunes volontaires encadrés par une convention, ce qui les distingue d’un contrat de travail classique. Ils ne perçoivent pas de salaire au sens du Code du travail.
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En pratique, la FFT leur fournit un ensemble d’avantages en nature : tenues complètes (conservées à la fin du tournoi), repas sur site, prise en charge des frais de transport. Un défraiement est versé, mais son montant exact fait l’objet de peu de communication officielle de la part des organisateurs.
Ce modèle repose sur l’idée que la participation au tournoi constitue une expérience formatrice et prestigieuse plutôt qu’un emploi. Les données disponibles ne permettent pas de comparer précisément ce défraiement à une rémunération horaire classique, et la FFT reste discrète sur le sujet. Un article détaillant la rémunération des ramasseurs de balles à Roland Garros permet de mieux cerner les montants évoqués par différentes sources.
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Sélection et entraînement des ballos à Roland-Garros
Le processus de recrutement commence plusieurs mois avant le tournoi. Les candidats, généralement âgés de douze à seize ans, doivent être licenciés dans un club de tennis affilié. La sélection passe par plusieurs étapes physiques et techniques.
Les critères évalués ne se limitent pas à la capacité de courir vite. Les organisateurs testent la coordination, la réactivité, la concentration sous pression et la capacité à respecter un protocole précis. Chaque geste sur le court est codifié : la façon de faire rouler une balle au sol, le positionnement par rapport aux joueurs, le rythme d’acheminement entre les points.
Un entraînement qui dure plusieurs semaines
Les ramasseurs retenus suivent un programme d’entraînement intensif avant le début du tournoi. Les séances portent sur le placement, la gestuelle et la gestion du stress. Six ramasseurs sont présents simultanément sur chaque court, avec des rotations régulières pour maintenir la concentration et limiter la fatigue.
Cette préparation rigoureuse explique en partie pourquoi la FFT présente le rôle comme une formation sportive plutôt que comme un emploi. Les jeunes acquièrent des compétences de discipline, de travail collectif et de résistance physique, dans un environnement de compétition de très haut niveau.
Conditions physiques sur le court : la charge réelle des ramasseurs
Les ramasseurs de balles interviennent pendant des matchs qui peuvent durer plusieurs heures, sous des conditions météorologiques parfois éprouvantes. Les épisodes de forte chaleur enregistrés ces dernières années à Paris ont relancé les préoccupations autour de la charge physique imposée à ces jeunes.
Des médecins du sport et des kinésithérapeutes intervenant dans le tennis de haut niveau ont alerté sur plusieurs points :
- Les séquences prolongées en plein soleil, parfois sans possibilité de se mettre à l’ombre pendant de longues minutes
- Le rythme soutenu des déplacements latéraux et des sprints courts, qui sollicitent les articulations de manière répétitive
- L’absence de protocole public de suivi médical spécifique aux ramasseurs pendant le tournoi, contrairement aux joueurs professionnels
La FFT a mis en place des mesures d’hydratation et de rotation plus fréquentes lors des journées de forte chaleur. Les retours terrain divergent sur ce point : certains anciens ramasseurs décrivent une organisation attentive, d’autres mentionnent des journées très longues avec peu de pauses réelles.

Roland-Garros face aux autres tournois du Grand Chelem : des modèles différents
La comparaison avec les trois autres tournois majeurs du circuit met en lumière des approches divergentes. Wimbledon et l’US Open rémunèrent officiellement leurs ball kids, qui sont encadrés comme des travailleurs à temps partiel (« casual workers » ou « part-time employees » selon les terminologies locales).
L’Open d’Australie fonctionne avec un modèle hybride, entre volontariat et compensation financière. Roland-Garros reste le tournoi du Grand Chelem où le statut de volontaire est le plus affirmé, avec un défraiement qui ne s’apparente pas juridiquement à un salaire.
Un débat qui dépasse le cadre sportif
Depuis quelques années, des juristes spécialisés en droit du travail dans le sport questionnent la frontière entre bénévolat encadré et travail dissimulé dans le contexte français. La question n’est pas propre à Roland-Garros : elle concerne aussi les bénévoles de nombreux événements sportifs en France.
En droit français, la requalification en contrat de travail est possible dès lors qu’un lien de subordination est caractérisé, même en l’absence de rémunération formelle. Les ramasseurs reçoivent des instructions précises, respectent des horaires imposés et sont soumis à une autorité organisationnelle. Ces éléments alimentent un débat juridique qui n’a pas encore donné lieu à une décision de justice concernant les ramasseurs de Roland-Garros.
Ce que les ramasseurs de balles retirent vraiment du tournoi
Au-delà de la question financière, le rôle de ramasseur à Roland-Garros reste très convoité. Chaque année, le nombre de candidatures dépasse largement le nombre de places disponibles. L’attrait tient à plusieurs facteurs concrets :
- La proximité directe avec les meilleurs joueurs et joueuses du monde, sur les courts principaux du tournoi
- L’équipement sportif complet offert par les sponsors du tournoi, conservé après l’événement
- Une ligne valorisante sur un CV ou un dossier scolaire, perçue comme un gage de discipline et de fiabilité
- L’accès aux coulisses d’un événement sportif majeur du calendrier international
Pour beaucoup de jeunes passionnés de tennis, l’expérience vaut davantage que la compensation financière. Ce constat ne clôt pas la question de la rémunération, mais il explique pourquoi le modèle actuel perdure malgré les critiques.
La prochaine évolution pourrait venir d’une harmonisation entre les grands tournois ou d’une pression juridique accrue en France. Pour l’instant, Roland-Garros maintient son modèle de volontariat encadré, un choix qui repose autant sur la tradition du tournoi que sur un calcul économique dont les organisateurs ne détaillent pas publiquement les contours.